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les efforts de cet homme plein de zèle — il montrait le chef-du-fisc, appelé aussi « Secrétaire d’État ». Et, s’il leur restait indifférent d’acquérir de grands mérites aux yeux du Seigneur, pourquoi ne pas rechercher au moins l’approbation et la faveur lointaine de ces hommes éclairés qui gouvernent la Piritania : ne savait-on point que les noms des plus généreux chrétiens, recueillis par le chef-du-fisc, s’en allaient là-bas, où tous admiraient les largesses !… Voici, d’ailleurs, les paroles que le roi des Piritané envoyait au roi des Tahitiens : — et il lut : — ou peut-être, il feignit de lire :

« Salut ! je suis heureux de savoir que le Roi Pomaré-le-Second est digne des grandes faveurs que lui a réservées l’Éternel ; qu’il s’emploie de toute sa puissance à défendre le culte, à protéger le commerce et l’industrie, à proscrire l’usage mauvais des liqueurs fermentées. Mais qu’il veille bien à ce que ses sujets n’oublient point leurs promesses envers la Société des Missions, afin que d’autres pays puissent, à leur tour, partager les mêmes bienfaits. — Salut ! »

Pomaré approuvait en levant les sourcils. Mais nul dans la foule n’écoutait plus : l’histoire était pareille à bien d’autres, et pas plus amusante. On s’en allait au hasard. Bientôt le Tribunal siégea devant un grand espace piétiné et vide. Les juges se dispersèrent eux-mêmes. Pomaré, tout seul ainsi qu’il l’exigeait, gagnait sa pirogue pour se réfugier dans l’îlot Motu-Uta : il y passait toutes ses nuits.