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per sur les cochons coureurs : des hommes à deux pieds ? bien mieux : à quatre pattes ! Ha ! Et ils étaient dieux ! »

Pomaré plissa le front comme un auditeur surpris à la fois et tout près de se laisser convaincre. Noté, comme contraint par les remous des assistants, atteignit les hauts degrés du Tribunal. Il semblait transporté par une juste indignation :

— « Les chefs ne sont pas dieux. Nul n’est dieu, hormis l’Éternel. Mais l’Éternel a donné son pouvoir aux Rois qui le représentent sur la terre.

— À quoi bon ? Ne l’avaient-ils point déjà par la vertu de leur personne, la majesté de leur allure et de leurs appétits ? — Quand l’Arii-rahi » la voix de Téao se couvrit de respect, « quand l’Arii-rahi, que vous traitez maintenant de « roi » s’enfuyait de Moóréa la tumultueuse, alors qu’il était seul, indécis, inquiet, nous avons, mieux que tous les autres qui se parent aujourd’hui de son ombre et de ses regards, accueilli sa venue sur notre terre. Nous avons fait siffler les lances et claquer les pierres de nos frondes. Nous honorions la foulée de ses pas, comme vestiges d’un dieu descendu !

— Cependant », reprit Noté avec assurance, — il touchait maintenant la troupe des juges, et semblait partager leurs discours, — « n’as-tu pas réclamé du Seigneur Kérito qu’il chassât les Missionnaires et qu’il exterminât les chrétiens ? »

Téao ne pouvait nier : c’était sa prière habituelle.