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redoutables Mamaïa ? Il comprit, à l’œil sévère des juges, la gravité de la faute des fous, et bénit Kérito, par une courte prière non parlée, de l’avoir préservé lui-même. Il oubliait volontiers, au milieu du jour éclatant, ses peurs et son trouble nocturnes : douze nuits avaient passé depuis !

Au milieu d’un grand silence, le chef-de-la-justice interpella Téao :

— « Téao no Témarama, par ton baptême, Ezékia, tu es conduit devant nous sur l’ordre du roi Pomaré. On sait que tu insultes les chefs. Car malgré la défense, tu tiens des assemblées secrètes avec tes frères. De nombreuses gens t’ont surpris, dans la vallée Tipaèrui, chantant d’abominables himéné et priant le Seigneur pour qu’il renverse le Roi. »

Téao répondit doucement :

— « Je ne suis plus Téao no Témarama. Mon nom fut peut-être Ezékia. Mais cela n’importe plus : ma parole est désormais parole de l’atua Kérito. C’est en moi qu’il demeure ; à travers moi qu’il transparaît. C’est par sa volonté que me voici devant vous. »

Les juges le considéraient avec une curiosité. La foule houla vers lui, toutes oreilles tendues. Le chef-de-la-justice, prenant un long rouleau chargé de signes, lut avec force tous les crimes dont on accusait le Fou, et tous les noms dont on pouvait le flétrir : le moindre en était odieux. La bouche du parleur ne les prononçait qu’avec mépris.

D’abord, l’homme était dit « hérésiarque, » car