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— « Tu n’es plus l’homme Téao ! Tu es l’atua descendu !

— Qui suis-je pour vous tous ?

— Tu es encore l’esprit du prêtre Paniola, dont on a fouillé les os sous la terre. Dis la prière, comme lui, la prière ! »

Ainsi, c’était le prodige : la voix insoupçonnable venait d’une poitrine d’inspiré ! Mais que voulaient dire les autres voix, et pourquoi ce prêtre oublié qu’ils mêlaient à leurs invocations comme un secourable génie ? — Ha ! le chrétien se souvenait… l’effarante histoire, on ne pouvait se la remémorer au milieu du sombre et des grands arbres. Pourtant, Téao la rappelait, impitoyable, et récitait comment deux hommes Paniola[1] vêtus de longues tapa blanches, étaient venus vivre, jadis, parmi les gens de la presqu’île ; comment, pour la première fois, — si longtemps avant les Missionnaires — ces premiers maîtres avaient mis sur les lèvres, avec une ferveur, le nom de Iésu-Kérito. — Était-ce bien le même atua ? — Avec lui, par-dessus lui peut-être, ils disaient honorer une femme divine, sa mère, que nul homme jamais n’avait touchée. Ils invoquaient parfois un être subtil : « Souffle-du-dieu ». Leurs paroles étaient bonnes. Mais l’un d’eux, malade sans blessures et sans maléfices, mourut au bout d’une année. Deux lunaisons de plus, et l’on avait rouvert

  1. Espagnols.