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— « Hélas », avoua Noté, « nul ne les connaît avec certitude. Ils se dérobent, se cachent, se dissimulent avec une déplorable habileté. On sait qu’ils se rassemblent la nuit dans la montagne, en suivant des chemins incoutumiers ; personne encore n’est parvenu à surprendre, ni leurs actes — qui sont probablement réprouvables, — ni leurs noms, qui demeurent cachés. »

Noté poursuivit, sans perdre de vue le baptisé :

— « Alors, Iakoba, les chefs ont pensé à toi — car il faut que tous les chrétiens véritables, même ceux de la dernière heure, s’unissent et se défendent : ta conversion et ton baptême furent manifestement providentiels. On te dit, parmi tes compagnons, habile et rusé. Peu de gens encore devinent ton nouveau titre et tes vrais sentiments. Tu n’es pour tous qu’un voyageur indifférent, et nul ne s’inquiétera de ta présence dans la montagne où ils se réfugient. Tu écouteras donc leurs paroles, que tu retiendras aisément, et leurs noms. On dit qu’ils se réuniront ce soir dans la vallée Tipaèrui.

— Mais, ce sont peut-être des hommes malfaisants ? » observa le chrétien. Noté le rassura : le Seigneur n’abandonne point ceux qui se remettent en Lui. Le disciple prêt à risquer, pour Le servir, un très faible danger, devient l’objet de toutes les faveurs.

« Alors, vraiment, » demanda Iakoba, « vraiment, j’aurai un maro noir ? »

Une seconde fois Noté promit.