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« Un héritage délicieux m’est échu, — une belle possession m’est accordée… » Décidément, ses yeux malhabiles le décevaient. Il feignit quand même, devant l’autre, une grande assurance en récitant au hasard. Enfin, pliant le Livre : « Améné », prononça-t-il sans hâte. Puis il répondit au salut de l’arrivant : — « Que tu vives en Kérito le vrai dieu. » Et il lui tendit la main.

Le vieillard ricana : — « Toi aussi, Térii, comme tous les autres ? La honte même ! Les gens de Tahiti sont devenus les petits chiens des étrangers ; des petits chiens bons à rôtir ! » Il siffla de haine et vint s’asseoir sur les nattes. Son dos était penché comme un tronc de haári fléchi par le vent maraámu : mais le vieil homme lui en imposait encore. Bien que l’accoutrement fût resté celui d’un païen sans aveu, il traînait dans les plis du maro blanc sacerdotal une imprescriptible noblesse. Iakoba fut saisi d’un respect inattendu. Il n’osait interroger. Tous deux se considéraient sans paroles. Enfin Paofaï conta son retour.

Il dit, avec des gestes dépités, le grand voyage sans profits et sans compagnon : puisque son fétii, son disciple, l’avait si tôt laissé en route. Il dit son arrivée étonnamment tardive dans la terre Vaïhu, et la déception de cette arrivée : un instant, il avait cru les signes-parleurs tout pleins d’enseignements… d’ailleurs, il en ramenait avec lui. — Et il prit à sa ceinture une palette de bois brun, polie par la peau