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l’autre naissance. Et tous les heureux que la bonne récitation du Livre faisait dignes à partager le rite, n’avaient plus d’autres pensers que pour lui. — Térii ne savait point exactement s’il rirait de cet enthousiasme, ou s’il devait le jalouser : il ressort, parfois, tant d’imprévu profitable des coutumes les plus saugrenues. Beaucoup des nouveaux usages lui devenaient d’ailleurs, familiers, malgré parfois leur incommodité. En même temps, une honte l’étreignait depuis son retour, honte diverse et tenace, qui sortait de son maro de sauvage, de ses gestes surannés, — bien que libres, — de ses paroles « ignares et païennes » comme ils disaient tous autour de lui. Il aspirait à dépouiller cela ; à n’être plus différent des autres fétii, ni traité comme un bouc fourvoyé dans un abri de cochon mâle. — Était-ce donc si difficile ? Que demandait à ses disciples ce dieu mis en vogue, au hasard peut-être, par les Piritané : se morfondre sans pêcher ni danser tout au long des journées tapu ; ne posséder qu’une seule épouse ; et s’en aller parfois dormir, avec une feinte d’écouter, au faré-de-prières… Pas une de ces piètres exigences ne pouvait arrêter longtemps. À quoi bon s’en occuper tant de lunaisons par avance !

Cependant, les fétii redoublaient leur empressement, et les efforts des muscles n’étaient pas moins grands que l’entrain des paroles. Les faré s’éveillaient au bruit des marteaux de bois martelant, sur un autre bois sonore, la tapa frappée sans répit.