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draient ses dieux familiers ? Brûleraient-ils en même temps que leurs simulacres ? Et tous ces troupeaux d’esprits, les anciens et l’arrivant n’allaient-ils pas se battre autour de sa personne, peut-être même dans son ventre ou sa poitrine ? Le prêtre l’éclairait avec sagesse, et lui révélait comment des tribus réduites à rien, en d’autres pays, s’étaient relevées avec le secours du Seigneur — qui toujours rendait à ses fidèles, justice. Et la justice de ce dieu-là, on la nommait pillage, massacre et dispersion des peuples qui le dédaignaient ! « Maéva ! Maéva pour Iéhova ! » criait alors Pomaré, dont les yeux s’ouvraient lentement à la véritable lumière. Il ne se lassait plus d’entendre indéfiniment ces beaux récits pleins d’assurances. — Enfin, à bout de ruses, déçu, tout seul, sans espoir et manifestement négligé par ses dieux, il décida de s’en remettre à l’autre, au nouveau, afin de tâter son pouvoir. Il vint dire au prêtre Noté : « Vite ! baptise-moi ! »

Térii ne comprenait point. Il fallut, avec une complaisance ennuyée, lui apprendre qu’on nommait « baptême » une cérémonie destinée à… mais c’était une autre histoire. Et l’on reprit le cours du bon récit.

— « Le prêtre Noté refusa le baptême. Personne, parmi les païens, » avoua Samuéla, « n’avait encore reçu le rite ; et nul ne l’a reçu depuis. Cependant nous l’attendons avec désir. Il faut s’y préparer fort longtemps d’avance, changer de noms et de