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petits signes parleurs ; et bientôt l’arii put les expliquer aussi vite que glissent les yeux, — ce qui s’appelle « lire » ; quelque temps après, les retracer lui-même, — ce que l’on nomme « écrire ». Par-dessus tout, il en venait à connaître, de la bouche de Noté, les pouvoirs de ce nouveau dieu, de ce dieu Très-Puissant qui tient les îles et les peuples dans Sa main, écrase ceux qui lui déplaisent, exalte ceux qui nomment Son nom. Le chef, dans un grand enthousiasme, promit à Kérito dix maraè pour lui tout seul, et quatre cents yeux de victimes.

— Bien ! bien ! » approuva Térii, qui espérait d’admirables fêtes.

Samuéla se récria : — « L’impiété même ! au contraire, Kérito tient en horreur ces coutumes sauvages. Les offrandes qu’il réclame ne doivent point être mouillées de sang : et il célèbre tous ses sacrifices dans le cœur de ses fidèles. Ainsi Noté dissuadait le chef impie. En même temps, il le pressait d’en finir avec toutes ses erreurs, de mépriser des dieux impuissants, imaginés par les plus vils sorciers, et qui n’avaient pas prévalu à lui conserver ses terres. Qu’il brûle leurs autels, leurs maro consacrés, leurs simulacres et les plumes ; et qu’il en piétine avec dégoût les débris, pour se vouer tout entier au seul maître qui pourrait jamais lui rendre tous ses biens, toutes ses vallées, et disperser les plus terribles ennemis !

» Pomaré s’obstinait dans sa défiance : que devien-