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— « Alors, les envoyés du vrai dieu furent pris d’une grande peur que Pomaré ne rejetât sur eux le crime ordonné par lui-même. Ils abandonnèrent Tahiti. Deux seulement osèrent demeurer. Mais voici que leur vint une autre disgrâce : Pomaré l’ancien, Vaïraatoa, qui ne leur était point ennemi, comme il montait un jour en pirogue, chancela soudain, étendit les bras, tomba, mourut. — De nouveau ils proclamèrent la marque du dieu très-puissant : le chef périssait manifestement sous Sa main, pour ne point avoir assez fortement pris la défense de ses envoyés. Certes, il n’apparaissait pas un atua qu’on pût traiter avec dédain ! L’ignorant devait reconnaître, par tous ces exemples depuis lors fidèlement conservés, combien il fallait compter avec Lui ? »

Térii, au contraire, eût volontiers raconté cette mort comme une vengeance de Oro, dont Pomaré le fils avait enlevé les simulacres, les Plumes rouges, et dépouillé le maraè sur la terre Atahuru : tout cela, sur les conseils de Vaïraatoa. N’était-ce point le véritable mot à dire là-dessus ? — Mais il garda prudemment ce penser par dedans sa bouche. Il suffit que, de part et d’autre, les atua rivaux se tiennent satisfaits et tranquilles : explique ensuite qui pourra !

— « Toutes ces choses », poursuivait le Professeur, « et tant d’autres maux, secouaient les entrailles de Pomaré qui ne comprenait pas encore : ses yeux étaient fermés, — comme les tiens, Térii, à la lu-