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LES BAPTISÉS

Mais dès son réveil, le lendemain, Térii sentit sa bouche nauséeuse, son visage tour à tour suintant et sec, ses membres engourdis, ses entrailles vides. Il se prit à déplorer les festins de jadis, où malgré qu’on ignorât la boisson brûlante, le plaisir coulait à flots dans les rires, dans les chants, dans les étreintes vigoureuses. On bâillait ensuite à l’aube naissante ; on se tendait dans un grand étirement ; on courait à la rivière, — sitôt prêt à d’autres ébats. — « Les étrangers feraient piètre figure s’ils devaient, comme les Arioï, jouir toute une vie dans les îles, et toute une autre par-dessus le firmament ! »

Térii dit ces paroles à voix haute, sous le faré de Rébéka devenu son propre faré. La femme prit un air improbateur, et Samuéla qui s’éveillait, considéra longuement le fétii bavard. Il ne cacha point sa tristesse : Térii était bien l’ignorant, l’aveugle, le païen que ses discours avaient déjà dénoncé. Il importait de lui dessiller les yeux, de l’instruire, de le guider.