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telots Farani ! Les femmes, en parures de fête et nombreuses venues, riaient déjà sans défiance, et commençaient à s’agiter. Tous les jeux, chassés de la terre de l’île, se réfugiaient là, plus libres et plus nobles que jamais. Il s’inventait de nouvelles danses, frappées de pas et de gestes imprévus, et quelques-unes se marquaient de noms moqueurs. Il y avait le ori-pour-danser « Tu es malade parce que tu bois le áva », et le péhé-pour-chanter « Tu es malade parce que tu as travaillé pendant le jour du Seigneur ». Le chef de bande, en feignant une gravité, criait ces parlers plaisants ; et l’on sautait. Vraiment il ne fallait pas dire cela aux oreilles des Missionnaires ! Les étrangers, surtout les prêtres, entendent malaisément la moquerie. Mais à bord de l’accueillant navire, les Piritané n’avaient plus rien à voir ! Et les filles, rassurées, dansaient de plus belle, inventant, après chaque figure, une autre bien plus drôle encore. Elles avaient surpris cet usage des hommes Farani qui répètent, à tout propos, le mot « Oui-oui » pour affirmer leurs paroles, au lieu de relever simplement les paupières ainsi que les gens de Tahiti ; — ce qui est plus clair et bien moins ridicule. Pour railler aimablement cette manie de leurs hôtes, les petites filles commencèrent le « Ori des oui-oui ». — Les étrangers ne comprenaient point.

Sans trop oser réclamer, les femmes acceptaient volontiers la boisson qui enivre. C’était mauvais à goûter, âcre, brûlant. Elles avalaient péniblement,