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une fille nubile à peine ; derrière, un homme Piritané. Térii vit tout cela d’un coup d’œil et dit :

— « Aroha ! Taümi no té Vaïrao ».

Elle reprit avec une contenance réservée :

— « Que tu vives, en le vrai dieu ! » Puis elle baisa des lèvres le tané retrouvé, sans même en flairer le visage. Ensuite elle plissa le front, cligna des paupières et parla joyeusement avec des larmes de bienvenue. Elle ne se nommait plus Taümi no té Vaïrao, mais bien « Rébéka ». La fille était sa fille, « Eréna », née pendant la saison où Pomaré le premier, puni par le Seigneur, avait trouvé la mort sans maladie. Enfin, elle prit la main du Piritané, qui montra un visage de jeune homme, des cheveux clairs, des yeux roux timides :

— « C’est mon enfant aussi », dit-elle, « c’est le tané de Eréna. Nous l’appelons « Aüté ».

— Aroha ! » insinua Térii avec une défiance. Et voici que l’étranger prononça :

— « Aroha ! aroha-nui pour toi !

— Elia ! » s’étonna le voyageur, « celui-ci parle comme un haèré-po ! Je suis ton père, moi-même. Où est le faré pour vous tous ? Je vais rester avec vous maintenant. »

Les nouveaux fétii marchaient ensemble vers la mer. Rébéka, malgré son désir, n’interrogeait pas encore l’époux revenu. Elle n’ignorait point que les voyageurs aiment à réserver, pour les raconter à loisir, au long des nuits, les beaux récits aventureux