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— « Elles semblent bien tristes », remarqua Térii. « Tous les gens semblent bien tristes aujourd’hui. S’ils regrettent un mort, ou de nombreux guerriers disparus, qu’ils se lamentent du moins très haut, en criant et en se coupant la figure. Il n’est pas bon de garder ses peines au fond des entrailles. Où vont-ils, Samuéla ?

— Ils vont, comme nous, au faré-de-prières, pour chanter les louanges du Seigneur. Ceci est un jour de fête que l’on nomme Pénétékoté. » Térii, dès lors, se souvint plus profondément de cet atua sorti du pahi Piritané, avec trente serviteurs principaux, et des femmes, voici un long temps ! Il se souvint, comprit, et il arrêta ses paroles ; et une angoisse pesait sur lui-même, aussi.

On approchait du grand faré blanc. Les disciples de Kérito s’empressaient à l’entour, et si nombreux, qu’il semblait fou de les y voir tous abrités à la fois. Mais, levant les yeux, Térii reconnut l’énormité de la bâtisse. Samuéla devinait dans le regard de l’arrivant une admiration étonnée. Pour l’accroître, il récita :

— « Cinq cents pas en marchant de ce côté. Quarante par là. La toiture est portée par tente-six gros piliers ronds. Les murailles en ont deux cent quatre-vingts, mais plus petits. Tu verras cent trente-trois ouvertures pour regarder, appelées fenêtres, et vingt-neuf autres pour entrer, appelées portes. » Térii n’écoutait plus dans sa hâte à prendre place. La fête,