Page:Segalen - Les Immémoriaux.djvu/178

Cette page a été validée par deux contributeurs.


— « Que tu vives en notre seigneur Iésu-Kérito, le vrai dieu.

— Aué ! » gronda Térii, stupéfait d’un tel souhait. On lui fit place. Il s’assit, écoutant le discoureur.

« Les fils de Iakoba étaient au nombre de douze :

» De la femme Lia, le premier-né Réubéna, et Siméona, et Lévi, et Isakara, Ioséfa et Béniamina… »

— « C’est bien là une histoire d’aïeux, » pensa l’arrivant. Mais les noms lui restaient obscurs. D’ailleurs, celui qui parlait n’était point haèré-po, et il parlait fort mal. Térii s’impatienta :

— « Quoi de nouveau dans la terre Paré ?

— Tais-toi », répondit-on, « nous prions le seigneur. » Le récit monotone s’étendit interminablement. Enfin, l’inhabile orateur, repliant les feuilles blanches, dit avec gravité un mot inconnu : « Amené », et s’arrêta.

Déçu par un accueil aussi morne, Térii hésitait et cherchait ses pensers. Pourquoi ne l’avoir point salué de cette bienvenue bruyante et enthousiaste réservée aux grands retours dans un faré d’amis ? Certes, on n’avait point perdu la mémoire : on lui tenait rigueur de sa très ancienne faute, sur la pierre-du-récitant… Ou peut-être, de défaire tout le renom du prodige en réapparaissant fort mal à propos, dans un corps d’homme vieilli ! — Il interpella : Tinomoé, le porte-idoles, et Hurupa tané, qui creusait de si belles pirogues. Ainsi montrerait-il combien fort son