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bord comme un manant ; parfois, l’un et l’autre.

— « N’importe ! » Paofaï se lève. Mais Atumosikava l’arrête : au moins, voici le festin d’adieu : un bras de malfaiteur, rôti avec des herbes.

Paofaï refuse : ce n’est point l’usage, dans la terre Tahiti, où il est grand-prêtre. On respecte sa coutume. Il est bon que chaque peuple, même au hasard de ses voyages, garde ses tapu.

Térii trouve désirable de se reposer un peu. Il feint le sommeil ; et laisse partir le maître.

VII

Des lunaisons passent. Paofaï, emmené sur un pahi chasseur de baleines n’a plus sur la tête que des ciels nouveaux, et rien autour de lui.

Il avait dit au chef étranger — que les autres marins appelaient « kapitana » — : « Je suis un marin moi-même, pour t’aider à conduire ton pahi. Je sais que tu navigues vers la terre Vaïhu. J’y veux aller aussi. »

L’autre, qui reniflait une fumée acre, en suçant un petit bambou sale, répond avec un grognement. Et son haleine s’empuantit d’une odeur méchante ; l’odeur du áva piritané.