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A hoé ! n’oublie pas en touchant le corail, les paroles d’arrivée en bienvenue pour les esprits :

J’arrive en ce lieu où la terre est nouvelle sous mes pieds.

J’arrive en ce lieu où le ciel est nouveau dessus ma tête.

Esprit de la terre nouvelle et du ciel nouveau, l’étranger offre son cœur en aliment pour toi.

A hoé ! n’oublie pas, sitôt après, la bienvenue pour les vivants : Aroha ! Aroha-nui !

Les hommes d’Uvéa te répondront : « Alofa ! Alofa-nui ! » Ne ris pas. Ne les insulte pas. Ne leur dis point : « Hommes à la bouche qui bégaie ! » — Car c’est leur langage : il est frère de ton parler.

Enfin, tourne-toi vers ta pirogue crevée dont les deux coques sur le sable sont pareilles à deux longs requins morts. Dis-lui tristement : tu restes, toi ? — Comme au compagnon de route, au fétii, que l’on abandonne.

Si l’on te demande : « Où vas-tu, toi, maintenant ? » Ne réponds pas encore, ou bien, faussement. Attends d’avoir échangé ton nom avec les chefs de la terre nouvelle.