Page:Segalen - Les Immémoriaux.djvu/146

Cette page a été validée par deux contributeurs.


— Il était. Son nom Taàroa.

Il se tenait dans l’immensité

Point de terre. Point de ciel.

Point de mer. Point d’hommes.

Il appelle. Rien ne répond.

Seul existant, Taàroa se change en Monde.

Le monde flotte encore ; informe, vacilleux, haletant ainsi qu’un plongeur au fond de l’abîme. Le dieu le voit, et crie dans les quatre espaces :

— Qui est sur le sol ? — Sa voix roule dans les vallées. On a répondu :

— C’est moi, la terre stable. C’est moi l’inébranlable roc.

— Qui est vers la mer ? — Sa voix plonge dans l’abîme. On a répondu :

— C’est moi, la montagne dans la mer et le corail au fond de l’eau.

— Qui est au-dessus ? — Sa voix monte haut dans l’air. On a répondu :

— C’est moi le four éclatant ; c’est moi la nue éclatante ; c’est moi le ciel éclatant.

— Qui est au-dessous ? — Sa voix tombe dans le creux. On a répondu :

— C’est moi la caverne dans le tronc, la caverne dans la base.

Ayant consommé son œuvre, le dieu voit que cet œuvre est bon. Et il reste Dieu.