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l’abandonnent pour célébrer, en d’autres lieux moins bien famés, d’autres rites et d’autres maîtres. Térii s’avance, tout seul de vivant, et craintif un peu. Mais la crainte ne déplaît pas à l’esprit des dieux.

Le voici, le maraè père de tous les autres maraè ; — mais si décrépit que ses blocs de corail taillé, ébréchés comme une mâchoire de vieil homme, branlent sur la terre qui découvre leurs assises. Une pierre monstrueuse arrête le voyageur. — « C’est tapu », crie un petit garçon.

Le voyageur reconnaît la pierre qui toise les chefs. Personne qu’eux-mêmes n’égalerait sa grande stature. Et voici encore la Pirogue Offerte, hissée sur un autel, et ornée de dix mâchoires pendues à des cordes. Le vent de la mer, en jouant, les fait claquer à son gré.

L’enfant : — « Tu veux voir le prêtre ? Tu veux voir Tupua tané ? » Térii se souvient : Tupua est écouté des chefs, des Arii, même des Douze à la Jambe-tatouée. Et n’est-ce pas un signe que l’enfant ait dit… Il se laisse conduire : près de l’ancien faré des sacrificateurs, Tupua s’est bâti, pour y dépouiller ses jours, un petit abri. Il sommeille. — « Celui-ci veut te parler. »

Le prêtre est chétif, avec une barbe maigre. Il est étonnant que tant de savoir puisse habiter ce ventre-là ! — « Celui-ci veut te parler ! »

Le prêtre n’a pas bougé. — L’habileté même !