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Néanmoins meurent les hommes, et meurent les bêtes à quatre pieds, et meurent les oiseaux, et meurent toutes choses hormis les regards de Hina. Pour les esprits : qu’ils aillent, — esprits des Arioï, des chefs et des guerriers, — tourbillonner parmi les nues dans le Rohutu Délicieux. Le sort des autres, qu’importe aux dieux de tous les firmaments ? — Voilà ce qu’ignorait sans doute l’étranger naïf, qui se risquait à de telles promesses.

Malgré qu’elle parût bien incroyable, on s’intéressait à l’histoire. On se murmurait des paroles intriguées : le dieu avait sauvé les hommes… quoi donc ! les hommes étaient-ils en danger ? menacés de famines ? de noyades sous toute la mer gonflée contre eux ? ou peut-être, coupables de sacrilège ? — Haamanihi survint qui se vantait déjà comme le disciple attentif des ingénieux Piritané. Il devinait l’embarras de la foule et l’exposa au surprenant parleur, en termes réfléchis : qu’avaient-ils commis de si épouvantable ces humains dont on racontait le sort, et quelle faiblesse nourrissait en vérité ce dieu, pour qu’il abandonnât son fils à la colère… d’autres dieux plus forts, sans doute ?

L’étranger répondit longuement, en mesurant toutes ses paroles, et l’on comprit ceci : le père de Iésu, le grand atua Iéhova, ayant façonné des humains, un mâle et une femelle, tous deux l’insultèrent en mangeant un certain fruit. Il en devint si courroucé que tout eût péri sous sa colère s’il