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ἁρμονία πνεύματος. Nous voici dans la bonne voie interprétative, si je ne me trompe. En effet, l’ombilic est l’organe au moyen duquel l’homme, avant de naître au jour, respire et se nourrit ; il fournit seul, dit la physiologie, à la respiration et à la nutrition de l’enfant pendant toute la période embryonnaire[1], et sa tige occupe le point central du corps. Eh bien, l’arbre de vie aussi est placé au milieu du jardin qui est l’emblème du corps paradisiaque de l’homme[2], et comme le cordon ombilical est coupé après la naissance, l’arbre de vie est ôté à l’être humain sitôt qu’il est né à l’existence consciente ou à la connaissance réfléchie. Notre apologue nous dit ainsi l’évolution première de l’intelligence humaine, évolution dont l’homme a pu conserver le vague et flottant souvenir, et à laquelle la critique peut conclure par analogie physiologique relative au fœtus. Encore aujourd’hui, certains peuples attachent, on dirait par une sorte de réminiscence primordiale, une grande valeur à la possession d’un cordon ombilical, dans la croyance qu’il procure une longue vie[3].

Ainsi, l’arbre de vie figure la communication de l’homme primordial avec la nature extérieure, à l’instar de l’om-

  1. Cl. Bernard, Phénomènes de la vie, dans Rev. scient., 24 octobre 1874.
  2. L’interprétation n’est pas aussi insolite qu’elle pourra paraître à quelques-uns. La mythologie scandinave voit dans le monde le corps d’Ymir, l’homme primordial. (V. Boltzmann, D. M., p. 190 et 194.) Souvent l’homme a une valeur ethnographique ou géographique. (V. la Table des peuples.) Un pays a donc pu à son tour représenter un homme où l’homme en général.
  3. Morillot, Mythes et légendes des Esquimaux du Groenland, III, 1, dans les Actes de la Société philologique, 1874.