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sommes tous, pour le dire avec saint Ephrem[1], sa progéniture, car il enlace le monde dans ses plis et replis ; les mythographes l’affirment[2] et les artistes aussi. Un tableau de Giordano, pour n’en citer qu’un seul exemple, représente l’amour couché sur le globe autour duquel rampe un serpent[3]. Les romanciers français ont nommément attribué une telle origine à l’illustre et puissante famille des Lusignans, en Poitou. C’est par la fée Mélusine, sous la forme de laquelle se produisit le serpent, que se vérifia l’oracle post eventum de Jehan le Maire :

De Lusignan la très noble serpente,
Mere iadis de princes et de roys[4].

Le premier rejeton de la lignée fut « le preux vaillant Urian », nom qui donne à réfléchir[5]. Et « si ces discours ne satisfont à l’incrédulité de vos seigneuries, présentement visités Lusignan, etc. Là trouverez tesmoins vieux de renom et de la bonne forge, lesquels vous jugeront (sic) sur le bras saint Rigomé, que Mellusine, leur

  1. S. Ephraemi Carmina XXVII, 15, ed. G. Bickell, p. 123.
  2. V. sup., p. 62.
  3. V. Galerie du Louvre, n° 208.
  4. Jehan le Maire de Belges, Le Triomphe de l’amant vert (incunable), la seconde epistre. Cf. Melusine, par Jehan d’Arras, p. 66, ed. Ch. Brunet. Elle « se mua en forme de serpent moult grande, grosse et longue comme de xv piés » (p. 358). Plus anciennement déjà, Mélusine avait épousé Sigfried, petit-fils de Charlemagne, dans le Luxembourg. (V. Zeitsch. für D. M. I, 309.)
  5. Par antithèse d’Uriel (Oriel en copte), flamme de Dieu (un des quatre archanges), Urian a sans doute le sens de « flamme de Satan, » Cf. Goethe, La nuit de Walpurgis : Herr Urian sitzt oben drauf. Il se peut cependant que ce nom soit simplement le magyar orias (ailleurs urias), géant.