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exaltation sensuelle, fasse croire à son fils qu’il est dieu eritis sicut deus[1]. Il le crut avec tant de conviction, qu’il décréta déesse sa mère[2] et qu’il immola à son infatuation ses amis les plus intimes, Clitus et Callisthène.


CHAPITRE VIII


Exilé d’Athènes, Démosthène s’écria : « Ô Minerve, comment peux-tu l’intéresser à une bête aussi méchante que le serpent[3] ! » Aujourd’hui, mieux instruits que l’illustre orateur, nous comprenons le muet langage du symbole. Mais de tout temps le charme du serpent a été si puissant sur les imaginations populaires qu’on en a usé et abusé, grâce à la connivence des poètes et des artistes, les corrupteurs par excellence. Ainsi encore, dans les chants du Rhodope, le serpent apparaît pour se montrer funeste aux vierges ; il dévore toutes les vierges qu’il peut atteindre, et il les atteint toutes[4]. N’est-il pas le porteur du feu qui brûle et consume, le génie du principe rénovateur, le récipient de cette sève de vie et de continuité que les Indiens appelaient amrita, immortalité[5] ?

Nous naissons ainsi et renaissons par le serpent ; nous

  1. Plutarque, Alex., II, III, XXVII.
  2. Quinte Curce, X, 5.
  3. Démosthène ajoute encore le hibou et le dêmos aux bêtes très-méchantes, χαλεπωτάτοις θηρίοις. (Plut., Demosth., XXVI.)
  4. V. les chants du Rhodope, par Chozdko, dans le Bulletin de la Société de Linguistique, juin 1875, n° 13.
  5. V. Mahâbhârata, cl. 1503 sq.