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dont le caractère et les allures paraissaient naturellement convenir à l’acte qu’il fallait, à ce qu’on pensait, pour consommer un attentat subreptice et perfide. Ou Prométhée ou serpent. L’audace des Grecs se complut comme plus généreuse dans l’emploi de la force ouverte ; généralement, on préféra l’action cauteleuse. Le serpent domine donc dans notre mythe ; mais le serpent était le phallus[1]. Dans la célébration des mystères d’Éleusis, c’était le phallus qu’on exhibait aux yeux de ceux qui étaient jugés dignes de tout voir sans voiles. Cette présence du phallus est positivement affirmée par Tertullien[2], et la yonî (αἰδοῖα ou κτεὶς) aussi y jouait un rôle. Ils y apparaissaient en relation avec Déméter, la Première-Née (Protogenia), et au suprême moment, moment qui dissipait les doutes de la chercheuse, on entendait une voix qui criait : ὕε verse ! κύε enfante[3] ! Ainsi, dans un mystère pascal dont on

  1. L’identité du serpent et du phallus, outre ce que nous en avons dit déjà plus haut (p. 48, 60), se montre dans un grand nombre de monuments. Voir entre autres le Codex vaticanus reproduit par Kingsborough, et sur la planche XX des Archives de la Société américaine de France, I. — Michel-Ange, dans un dessin qui est au Louvre (salle 2, n° 130), nous montre un Adam couché dont le phallus affecte la forme d’un serpent sortant d’entre deux figues et d’un feuillage qui le couronne.
  2. Simulacrum membris virilis revelatur. (Tertullian., Adv. Valentinianos, I. Cf. Clem. Al., Protrept., p. 19.) Pour être reçu, on présentait comme offrande un porc ou un bouc, animaux aussi prolifiques que lascifs. Sur le rapport de Hermès changé en bouc avec Cora et Cérès, voy. Gerhard, Archäolog. Zeit., VIII (1850), col. 155. Les Phénéates, qui passaient pour être les autochthones de l’Arcadie, célébraient des mystères semblables à ceux d’Éleusis, et ils avaient dédié un Hermès qui portait sous son bras un bouc ou un bélier. (Pausanias, Arcadica (VIII), 14, 15 ; Elid. (V), 27. Cf. sup., p. 30.)
  3. Philosophumena, p. 115, éd. Miller. — Proclus, Comment. in Platonis Timæum, p. 711, éd. Schneider.