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pent[1], et par les Grâces, et qu’ils lui fissent apporter l’espérance avec les maux, ce qui d’ailleurs est tout naturel[2] ; avec les Grecs, nous rentrons largement dans les données du mythe primitif. Le premier homme encore androgyne veut monter au ciel et s’égaler aux dieux ; Jupiter, identique à l’Elohim biblique, au Baalim phénicien[3], et androgyne comme eux, Zeus[4], pour le rendre plus modeste, l’affaiblit en le partageant en deux[5]. C’est une sorte de chute et la première application du divide ut imperes. Passons ce qui suit ; l’imagination de Platon s’y donne les coudées franches avec le mythe babylonien de Bérose[6]. Du reste, on sait que non seulement Platon, mais tous les Grecs, avaient le défaut de trop amplifier ce qui, à un titre ou à un autre, occupait leur imagination. « Ils avaient, nous dit Pausanias[7], des édifices spéciaux, les leschés, où ils s’assemblaient pour parler de leurs affaires, mais aussi pour faire des contes sur un sujet donné, pour fabriquer des mythes en quantité, καὶ ὁπόσα μυθώδη. On peut ainsi prendre sur le fait la formation des mythes qui, en général, est la résultante de

  1. V. Gerhard, Abh. über die Minerven-Idole, pl. II.
  2. En effet, l’espérance procède des maux. Sans les maux, l’espérance n’aurait pas de raison d’être. Mais comme l’espérance est toujours fallacieuse, qu’elle est à proprement parler un Wahn, une illusion, mot qui la désigne même dans l’ancien germanique, elle est en somme le comble des maux.
  3. V. le Baalim androgyne représenté pl. I, n° 1, dans l’atlas de Lajard, Recherches sur Vénus.
  4. Vom Zeus ist die Gattin unzertrennlich, dit Welcker, Gr. G., I, p. 196.
  5. Platon, Le Banquet, p. 353.
  6. Ap. Eusèbe, Chron., I, p. 22, éd. Auger.
  7. Phocica, XXV.