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(comme Osiris avec la charrue)[1] ; il la perça avec l’aiguillon, la mère des animaux et des hommes : hô imam zâm aiwisvat çuvairya zaranaênya avi dem çifat açtraya… berethri paçvãmca mashyânâm ca[2] ». Boccace et Rabelais n’auraient pas usé de tant de voiles[3], mais ils racontaient « pour exciter le monde à rire », et le mythe est sérieux comme un sphinx.

Cependant Ève, qui sentait sans doute ce qui depuis n’a pas cessé de se vérifier, « qu’on peut tout supporter ; excepté une suite continue de beaux jours[4] » ; Ève regarde le serpent comme Alibech regardait « il diavolo », et ses sens troublés par le beau démon, qui est issu de mauvais parents, dit Simonide[5], la jettent en proie à une telle passion qu’elle en éprouve des hallucinations où, comme nous l’avons déjà expliqué il y a bien des années[6], elle fait parler la bête. Ce n’était pas pour se faire dire, comme les Romains, par le bœuf qui leur parla pendant la seconde guerre punique : « Prends garde à toi[7] ! », et la pauvre femme ne pouvait pas non plus savoir aussi bien qu’une autre que le démon s’enfuirait en lui résistant, car il n’y avait pas de précédent, n’y ayant pas eu encore d’autre femme. Ainsi, Ève, séduite, enivrée, croit entendre le serpent lui demander : « Elohim a-t-il effectivement dit : ne mangez d’aucun arbre

  1. Primus aratra manu solerti fecit Osiris. (Tibulle, 1, 7, 29.)
  2. Vendidad, II, 32, 33, 36.
  3. V. Il Decamerone, giorn. terza, nov. X.
  4. Gœthe, Sentences.
  5. Ap. Furtwängler, Eros in der Vasenmalerei, p. 7.
  6. Schœbel, Satan et la chute de l’homme, p. 9, 1859.
  7. Valère-Maxime, I, 6, n° 5.