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vivre, idée qui nous l’a fait adopter comme signe de multiplication[1] ; la croix ansée (le lingam uni à la yoni) se trouve gravée sur les monuments les plus antiques. Souvent, au surplus, elle forme groupe avec le serpent, symbole aussi tout parlant de la vie et de son renouvellement. La croix ansée est donc la figure la plus complète de l’idée phallique, et c’est aussi à cause de cela qu’elle est devenue la figure de Vénus ou de la planète qui porte le nom de la mère de Priape.

Cependant l’argument décisif de la haute antiquité du culte phallique égyptien ; c’est que ce culte se relie intimement à celui d’Osiris, le dieu égyptien par excellence, depuis qu’il existe une Égypte[2]. On recule l’époque où ce dieu-roi régna à vingt-trois mille ans avant Alexandre[3], et c’est Isis qui établit dans la basse Égypte, à On (Heliopolis), dit-on, le culte des parties génitales de son divin époux, après qu’il fut devenu la victime du rouge et cruel Set ou Typhon. Un mythe analogue, on peut dire identique, est celui d’Aphrodite (Baaltis) et ; d’Adonis (Thammuz). Les Phéniciens de Byblos (Gebal) l’avaient emprunté à l’Égypte, cela n’est pas douteux[4].

Il paraît donc certain, à moins qu’un document assyrien n’y vienne contredire, chose possible après tout, puisque déjà, tel qu’il est, on peut démêler dans le récit

  1. L’addition aussi s’en sert, car additionner c’est encore multiplier.
  2. On donne le premier rang à Amon ; mais le fait qu’il s’est trouvé un roi, Aménophis IV (18e dynastie), qui fit marteler, partout où il put l’atteindre, le nom de ce dieu, thébain d’origine, donne à penser qu’Amon était un intrus. Il était d’ailleurs ithyphalle, lui aussi.
  3. V. Diodore de Sicile, I, 22, 23 ; cf. 13 sq.
  4. V. Ebers, Papyros Ebers, p. 12 sq.