Page:Schoebel - Le Mythe de la femme et du serpent.djvu/33

Cette page a été validée par deux contributeurs.
— 27 —

tique vive, ou du blâme implacable à qui la pudeur doit le privilège d’exister et dont le nom est honte, hônida en vieux allemand[1]. Toutefois, cette exemption dépendait d’une condition, de la condition de faire oublier la pudeur au public dans la contemplation de la justice ou de la beauté, comme nous le voyons par les œuvres d’Eschyle et de Sophocle, de Platon et d’Hypéride[2] ; c’était à la condition de ravir le spectateur dans l’empire de l’idéal, à la condition d’être un Apelle ou un Praxitèle. Seuls, les poètes comiques avaient les coudées franches, licence pleine et entière leur était laissée à ce sujet[3]. C’était une nécessité

  1. De hônida dérivent à la fois hohn, raillerie, et honte, humiliation, et, par suite, déshonneur. Voyez d’ailleurs Grimm, D.W. s. v.
  2. J’ai en vue le fait d’Hypéride, qui, par le spectacle que cet orateur offrit aux juges de la beauté sans voile de Phryné, porta ces connaisseurs des grâces plastiques à absoudre la célèbre courtisane de la peine qu’elle avait encourue par un crime capital. (V. Athénée, XIII, 8.)
  3. « Le phallus, remarque O. Jahn (Denkm. und Forsch., 1855, col. 55), était une pièce indispensable du costume des personnages comiques. Toutefois, chez les anciens, cela ne se voyait qu’au théâtre, que les femmes ne fréquentaient pas, tandis que chez nous, aux XVe et XVIe siècles, les regards du public étaient continuellement blessés par cette braguette en forme « d’un arc-boutant, » comparable, suivant Rabelais (Garg., I, 8), « à une belle corne d’abondance, » à peu prés comme on en voit aux quatre coins du postament de la colonne d’Égypte sur la place du Châtelet. Fischart en parle comme d’un arc tendu, wie er zu Roan in der Kirchen hangt, » et le compare à une tête de bœuf, disant encore : Es war sein vorschuss und vorschupff wie eyn lang Ror oder Feld Geschutz. (V. Huldrich Elloposcleron (Fischart), Gargantua, etc., f. N, 5, éd. 1582.) On peut s’en convaincre de visu par les statues de Philippe le Beau, de Maximilien ier et de Charles-Quint, de la cheminée de Bruges, faite en 1529 et suivant, dont le moulage est au Louvre. (Cf. Quicherat, Histoire du costume en