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loi[1]. Les ménades mêmes, les bacchantes, dont le nom éveille l’idée de femmes emportées et ne gardant aucune mesure, n’avaient pas licence d’en agir à leur tête ; les monuments figurés nous les montrent toujours sévèrement couvertes[2]. Le contraire est une exception et ne devient la règle que dans les basses époques. La jeune fille n’allait sans ceinture que pendant son enfance[3] ; une fois nubile, elle ne valait autant qu’elle était vierge ; déflorée, sa considération était perdue parmi ses compagnes, et les jeunes gens n’avaient plus que de l’indifférence pour elle. On la comparait à une pomme tombée de l’arbre ou à une fleur cueillie et flétrie[4]. Diorna ou Diane (virgo puella) devenait Dirne (meretrix)[5].

  1. V. Demosth., c. Androt, p. 321 ; c. Stephan., p. 590, éd. Didot. Les Athéniens poussaient à cet égard le scrupule jusqu’à ne pas permettre qu’aucun chien entrât dans le Parthénon. La raison qu’ils en donnaient était que cet animal s’accouple publiquement, quod præcipue id animal palam coit. (Plutarch., Demet. cum Ant. comp., IV.) V. Val. Max., Memor., VI, 1.
  2. Cf. A. Rapp, Die Mänade im griech. Cultus, in der Kunst und Poesie, dans Rhein. Museum, XXVII, p. 577, 579, etc. Voir surtout les peintures céramiques si nombreuses au Louvre.
  3. Callimaque, Hymne à Diane, v. 14, 43.
  4. Sapho, Fragmenta, rec. Volger, LIV. Catulle, LXII, 4. Cf. Musaeus, Stumme Liebe : Nach ihrer strengen Moral verglich sie ein Mädchen, das vor der priesterlichen Einsegnung Liebe im Herzen hatte einnisten lassen, einem wurmstichigen Apfel, etc., p. 87, éd. 1839.
  5. Il est probable que l’allemand Dirne, qui d’abord avait aussi le sens de vierge, se rattache au nom de Diorna, la Diane celtique, qu’on a trouvé inscrit sur une pierre au monastère de Saint-Nabor, en Lorraine. (V. Jean de Wal, Mythologiæ septentrionalis monumenta, n° 6, p. 71.) Le sens de Dirne, tout comme celui de garce (on disait « son garçon et sa garce, » Livre des métiers, p. 203, pass.), n’a pas été péjoratif dès l’abord, parce que les Germains primitifs ne connurent pas de filles de mauvaise vie, et que leurs femmes étaient