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modo fiet istud, quoniam virum non cognosco[1] ? Voilà qui est adorable, et je ne sais si on pourrait mettre en parallèle de cette naïveté celle des Lacédémoniennes qui, nous dit Montaigne, étaient à tout âge plus vierges femmes que ne sont nos filles[2]. Chez les Spartiates, en effet, l’éducation de Sparte explique le phénomène ; mais chez les Juifs ? Il est vrai que l’évangéliste Luc est le seul qui nous présente cet exemple prodigieux d’une chasteté pure et sans tache aucune ; Mathieu se borne à une allusion ; encore la revêt-il de la forme d’un songe. Quant à Luc, il convient de se le rappeler, il était Grec, c’est-à-dire amateur de mythes, et de plus, il était artiste, dit-on. Mais ce qu’un artiste fait, un autre artiste peut le défaire ; et, en effet, Fr. Albani n’a pas craint d’interpréter au sens réaliste la conception mystique de son confrère, en représentant l’ange qui s’avance la cuisse découverte vers la Vierge ; Vasari, de son côté, le fait rougir[3]. De plus, la légende qui dit que la Vierge n’abandonna sa ceinture qu’au moment où elle monta au ciel laisse percer un scepticisme impie quand elle ajoute que Marie remit sa ceinture aux mains de Thomas[4].

  1. La grâce naïve du moyen âge aimait à amplifier ce thème. On lit dans un manuscrit du xiiie siècle : « Jésus : Nam ego sum absque labe natus humane condicionis ac originalis peccati seu libidinis contagii carnalis. — Marie : Vere, fili, sicut dicis fine commixtione virilis contagii seu pollutione humane fragilitatis te concipi salvo pudore pudicicie seu castitatis alvo. » (V. Zeitsch. für Deutsch. Alterthum, XVII, p. 526.)
  2. Essais, III, 5.
  3. V. au Louvre l’Annonciation, de Fr. Albani, n° 2 de la collection, et la Salutation angélique de G. Vasari, n° 453.
  4. Socin, Palaestina und Syrien, p. 226.