Page:Schœlcher - Des colonies françaises, 1842.djvu/386

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


de petites mesures mesquines et privées d’ensemble, comme celles des ordonnances du 15 janvier ou du 16 septembre, insoucieusement ordonnées par le ministère et plus insoucieusement mises à exécution par le pouvoir colonial, est aujourd’hui démontrée pour tous les gens de bonne foi et de bon sens. Il vaudrait mieux ne rien faire. Elles ne servent qu’à échauffer les haines entre les diverses classes qui s’en fabriquent des brandons de nouvelles discordes.

Il n’y a que l’abolition en masse qui puisse étouffer les dissensions intestines dont nous venons de parler, et conjurer les malheurs qu’elles annoncent, c’est notre opinion et nous espérons pouvoir la faire partager au lecteur.


§ III.

AFFRANCHISSEMENT SUCCESSIF PAR LE RACHAT DES ENFANS.


Un enfant coûte assez cher à son maître. — Des esclaves ne peuvent élever des hommes libres.


Auparavant, examinons les autres modes d’état intermédiaire que plusieurs croient opportun d’instituer pour passer de l’esclavage à la liberté, analysons les diverses combinaisons que l’on suppose compatibles avec la justice et ce que l’on appelle la prudence.

Pour cela nous n’avons rien de mieux à faire que d’examiner les systèmes sur lesquels la commission, appelée Commission Broglie, a demandé des renseignemens au ministère.

Premier système : « Émancipation partielle, progressive. On affranchit d’avance les enfans à naître, moyennant une indemnité modique ; on les laisse aux soins de leurs parens dans la condition d’apprentis, leur travail étant acquis au maître jusqu’à un âge déterminé. On attribue en même temps à chaque esclave déjà né, le pécule dont les usages coloniaux lui assu-