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DE JUSTICE ANIMALE.

méchanceté, si l’on veut toucher leur cœur… Retournons à nos moutons.

« Plusieurs témoins confirment les faits consignés dans l’acte d’accusation. Le Loup persiste dans son système de défense, et soutient que le poignard qu’on lui présente ne lui a jamais appartenu. Un Loup, son camarade de lit, dépose en ces termes :

« Il y a environ un mois, je rôdais dans les bois avec l’accusé : nous arrivâmes près d’une clairière au milieu de laquelle deux charbonniers étaient assis et occupés à dîner. Ils se sauvèrent à notre apparition, en nous abandonnant leurs comestibles ; et, pour manger plus aisément, l’accusé se servit du couteau avec lequel il a consommé le crime. »

« Pendant cette déposition, le Loup s’agite avec fureur sur son banc. Il veut s’élancer sur le témoin ; les Bouledogues ont peine à le contenir. Après de vains efforts pour articuler, il tombe inanimé sur son banc. L’audience est suspendue et renvoyée au lendemain. »

Les jours suivants, le Loup se trouva trop faible pour soutenir les débats. Jamais Animal illustre, jamais vénérable père de famille, jamais roi adoré de ses sujets (dans les feuilles ministérielles), n’excitèrent autant d’intérêt pendant le cours de leurs maladies. Les assistants craignaient de perdre une source d’émotions ; les juges appréhendaient qu’une proie fût ravie à la justice animale ; le