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c’est chercher une supériorité morale à un outillage perfectionné sur un instrument plus primitif. La solidarité, base de ce perfectionnement, lie les intérêts, non les sentiments ou les volontés. L’assurance a le pas sur l’épargne par son efficacité technique qui en fait un agent plus actif et plus puissant, mais s’il fallait en mesurer la valeur morale, on pourrait dire inversement, et avec plus de justesse, qu’elle diminue l’effort que suppose l’épargne ordinaire, puisqu’après l’avoir facilitée, elle la rend obligatoire pendant la période prévue au contrat, et qu’enfin elle en rend les produits indisponibles pour les dépenses imprévoyantes. Il faut ajouter — et ceci est plus grave — que la solidarité établie par l’assurance a pour résultat d’amoindrir la responsabilité personnelle, de diminuer dans certains cas, et tout au moins partiellement, l’intérêt à la conservation de la chose, de favoriser les incuries et, — l’expérience le prouve, — de multiplier les accidents.

L’assurance ouvrière est destinée à jouer un rôle politique et social considérable d’où peuvent sortir de grands bienfaits ou de grands maux.

Tous ces désavantages sont réels, mais paraissent largement compensés par les résultats économiques signalés plus haut. Il en est de la solidarité et de l’assurance comme de toutes les forces et des institutions organisées pour les mettre en jeu elles sont fécondes en services ou en abus suivant l’usage qu’on en fait.

Michel Lacombe.

Bibliographie.

Cournot, Exposition de la théorie des chances et des probabilités. — De Courcy, Essai sur les lois du hasard. — Block, Traité théorique et pratique de statistique. — Chaufton, Les Assurances. — Gallus, Die Grundlagen des gesammten Versicherungswesens. Leipzig, 1874. — Walford Insurance cyclopœdia. London, 1871-1880.


ATELIERS NATIONAUX. V. Droit au travail, § 3.


AUDIFFRET (Charles-Louis-Gaston, marquis D’), né à Paris le 10 octobre 1787, mort le 28 avril 1878 ; descendait des d’Audiffret venus en Provence dès le XIIIe siècle. Mollien l’appela à la caisse d’amortissement en 1805, puis au ministère du Trésor ; il resta dans les finances comme directeur de la comptabilité publique, conseiller d’État, président de la cour des comptes, jusqu’à sa promotion à la pairie en 1837 ; toujours maintenu malgré certaines protestations énergiques, comme celle qu’il fit contre les Cent-jours. Le second empire le fit sénateur en 1852, président de la Société de crédit industriel et commercial en 1859, membre de l’Institut par décret (14 avril 1855). On lui doit la plupart des améliorations introduites depuis 1814 dans la comptabilité publique, résumées et formulées dans le Règlement général de 1838, préparées par le célèbre Rapport au roi sur les mesures d’ordre et d’économie (1830), rapport signé Chabrol, mais rédigé par lui. En dehors des nombreux Rapports, Arrêts, Instructions, Ordonnances, écrits ou inspirés par lui également, il a publié :

La libération de la propriété, ou réforme de l’administration des impôts directs et des hypothèques, in-8, 1834. — Examen des revenus publics, in-8, 1839. — Système financier de la France, aujourd’hui un peu vieilli, mais encore utile et de beaucoup son ouvrage le plus important, 2 vol. 1840, 3e édit. 6 vol., 1863-70. — le Budget, in-8, 1841. — La Crise financière de 1848, in-8, 1848. — Réforme de l'administration financière des hypothèques, in-8, 1851. — Souvenirs de l’administration de M. de Villèle, in-8, 1855. Aperçu duprogrès du crédit public et de la fortune nationale de 1790 à 1860 et de 1789 à 1873, in-8, 1861-75. — Souvenirs de ma carrière, in-8, 1876, etc.

E. R.


B


BABBAGE (Charles), mathématicien anglais, né à Londres le 26 décembre 1792, mort le 18 octobre 1871 ; consacra sa vie et sa fortune à l’application pratique des mathématiques et à l’extension des essais de Pascal et de Neper. Douze ans professeur à Cambridge (1828-39) dans la chaire de Newton, il imagina pour les logarithmes 2 machines à calculer dont la première seule fut exécutée, après douze ans de travaux et une dépense de 425 000 francs. Elle devait faciliter aux act tuaires des compagnies d’assurance le long travail que demandent ces institutions ; elle leur rend en effet des services incontestés. Il était correspondant de l’Institut de France depuis 1844. Il a publié son autobiographie sous le titre de Passage from the life a philosopher (1864).