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tout d’un coup se plonger dans une profonde méditation. M. Levrault l’épiait d’un regard inquiet, comme s’il eût espéré lire sa destinée sur le front du dictateur. L’orage redoublait ; les chevaux avançaient péniblement dans les ornières détrempées. Une lueur de clémence passa sur le front d’Étienne Jolibois.

— Écoutez, dit-il enfin comme saisi d’une subite inspiration, malgré toutes vos fautes, malgré votre lâcheté, je sens que je vous aime encore ; mon amitié pour vous a résisté à toutes ces cruelles épreuves. Une fois que vous comparaîtrez devant la justice, je ne pourrai plus rien pour vous ; les magistrats seront obligés d’appliquer la loi. Je n’ai qu’un moyen de vous sauver…

— Quel moyen ? demanda M. Levrault d’une voix haletante.

— C’est de vous rendre la liberté, et je