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Ce que tout le monde ne sait pas aujourd’hui, c’est ce qu’était réellement l’école italienne en France avant, pendant et après Molière, c’est-à-dire durant une période d’un peu plus d’un demi-siècle. Et comment tout le monde le saurait-il ? On oublie volontiers ce dont on n’a plus un besoin essentiel. Le public français, une fois en possession de son propre genre, de son propre théâtre, grâce aux grandes créations de Molière, dédaigna peu à peu les matériaux épars dont le maître avait extrait l’or et les diamants. On se dégoûta du théâtre italien ; il s’amoindrit et s’effaça dans le courant du siècle dernier, et nous n’en aurions presque plus l’idée, sans les bouffes italiens qui nous chantent encore, de temps en temps, les lazzi de la foire avec cette mimique accentuée, à la fois fine et puissante, dont l’immortel Lablache est peut-être la dernière tradition parfaite.

En fait de traditions françaises de l’ancien répertoire italien apporté en France, il ne nous reste que des recueils extrêmement difficiles à comprendre, parce qu’il y faut deviner tout ce qui manque, retrancher tout ce qui est apocryphe. Ceci demande explication.

Les Italiens avaient improvisé dans leur langue devant la cour italienne de Mazarin. Sous Louis XIV, la langue française devint si belle, qu’on n’en voulut plus entendre d’autre sur la scène. Les comédiens italiens furent forcés d’apprendre le français tant bien que mal ; mais, quand ils le surent assez pour amuser les spectateurs, l’autorité intervint qui leur défendit d’empiéter sur les droits de la nouvelle comédie française. On sait qu’ils luttèrent longtemps, jouant des scènes mi-parties, où un personnage répondait en français à son interlocuteur Italien, et traduisait ainsi, d’une certaine manière assez adroite, ce que le public avait pu ne pas comprendre. Ils affectèrent même de se servir d’un italien tellement gallicisé, qu’il fallait mettre bien de la mauvaise volonté à ne l’entendre pas. Puis ils arrivèrent à semer seulement de quelques phrases italiennes leur dialogue français, et un jour vint où, avec la permission du roi, Arlequin ne conserva de sa