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été trop gâtée dans cette maison où tout le monde est si bon pour moi ! On m’a toujours laissée faire et dire tout ce qui me passait par la tête. Alors, moi, je cède un peu à mes premiers mouvements sans trop pouvoir me les expliquer. Je suis gaie, je suis triste, je ris, je pleure ; on s’en amuse, mon père se moque de moi, et, moi, je me moque aussi de moi-même. (Se levant.) Eh bien, cela ne vous rassure pas ? On dirait que, pour tout de bon, je vous afflige ? mais ce n’est pas mon intention ! Je vous dis tout cela, Fulgence, pour que vous ne vous inquiétiez de rien.


FULGENCE.

Il y a pourtant une chose qui doit m’inquiéter.


VICTORINE.

Dites-la, et, si je peux m’en corriger…


FULGENCE.

Oh ! vous n’avez pas de torts. Vous êtes franche, bonne, je le sais ! mais vous êtes si aimée, si choyée ici, que je crains de ne pas vous rendre aussi heureuse que vous l’avez toujours été… que vous ne me trouviez trop sensé, trop réfléchi, comme vous dites !


VICTORINE.

J’y ai bien pensé quelquefois, à cela ! Mais je n’y pensais pas dans le moment. Pourquoi me le rappelez-vous ? On dirait que vous voulez m’effrayer sur l’avenir ? Certainement, on ne se marie pas sans quelque appréhension… mais vous m’ôtez la confiance, au lieu de me la donner !


FULGENCE.

Ah ! je suis maladroit, moi ! je ne sais pas dire de tendres paroles, je ne suis pas habitué à cette vie de famille toute de douceurs, toute de miel, qu’on vous a faite ici ! je suis sombre, désagréable… Vous ne pouvez pas m’aimer. Dites la vérité, Victorine, vous ne m’aimez pas ?


VICTORINE.

Je ne vous aime pas ? Voilà que vous m’effrayez tout à fait, Fulgence ! Pourquoi donc me dites-vous que je ne vous aime pas ?