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jours fait ton possible pour ne pas m’écraser de ta supériorité. Il fallait attendre pour te produire au grand jour que j’eusse autant de talent que toi.


CAMILLE.

Elle me reproche cela aussi ! Elle ne se souvient plus de rien ! moi qui avais l’effroi et la haine du théâtre ! moi qui n’aimais que la retraite, la campagne, la vie intime ! Elle a déjà oublié que je n’ai consenti à débuter que pour lui procurer un peu de richesse et de luxe, à elle !


FLORA.

C’est vrai, Camille ! c’est moi qui t’ai tourmentée pour signer ton engagement ! J’étais folle… Comment as-tu pu m’écouter, toi qui étais si sage ? Eh bien, vois-tu, ce sont tes débuts, c’est ton succès, qui m’ont anéantie ! Camille ! tu n’as rien compris à la matinée d’hier ?


CAMILLE.

Hier ? Non ! que s’était-il donc passé ? Je ne m’en souviens plus, moi ! J’ai la tête brisée !


FLORA.

Hier… il est venu chez nous un jeune homme riche, beau, charmant ! l’air aisé d’un grand seigneur avec l’âme ardente d’un artiste… J’aurais pu l’aimer peut-être, cet homme-là… Il n’avait rien de ce qui me rend dédaigneuse pour les autres. Il arrive, il me prend pour toi : comment cela se fait-il ? je n’en sais rien… Peut-être parce que j’avais une belle robe et de l’assurance. Il me parla… avec quelle passion, quel enthousiasme et quel respect ! Ah ! Camille, tout ce qu’il t’a dit en me parlant a laissé là… une trace brûlante, un monde de délices, d’orgueil, de rage et de honte !… Et moi, je ne m’apercevais pas de sa méprise ! Je buvais le poison de ses louanges maudites !… Tu lui es apparue. Il s’est avisé de son erreur… et, dès ce moment, il a su trouver pour toi des louanges plus exquises des adorations plus humbles et plus tendres que toutes celles qu’il m’avait adressées. Tu es devenue son dieu, et, moi, je n’ai plus été pour lui que l’enfant gâté dont on raille les caprices et à qui on fait la leçon. Camille ! cet