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bien parlé de vous, mais il ne vous attendait pas sitôt à Milan ; et nous n’espérions pas l’honneur de votre première visite.


LE MARQUIS.

Signora Corsari, je me sens si troublé en vous voyant, que je n’entends pas ce que vous me dites.


FLORA.

Vraiment ? Mais, si votre émotion allait me gagner, il nous serait difficile de causer ensemble.


LE MARQUIS.

Eh bien, ne causons pas ! Laissez-moi vous regarder. Je vous ai entendue hier ! Votre voix est là ! (Il met la main sur sa poitrine.) Mais je ne vous ai pas vue. Mon Dieu, vous n’aviez pas besoin d’être si belle !


FLORA, minaudant.

Vous êtes louangeur, monsieur le marquis…


LE MARQUIS.

Oh ! ne vous alarmez pas : ne prenez pas ma franchise pour de l’audace. Je passe dans le monde pour bizarre parce que je suis simple, et pour sauvage parce que je suis sincère. J’ai un culte pour le talent et pour la beauté : que pouvez-vous trouver là d’extraordinaire, et qu’y a-t-il de plus respectueux que l’admiration ? Tenez, signora, je fais plus que de vous admirer, je vous aime ! Oui, je vous aime comme on aime le beau et le vrai. Dites que vous acceptez un enthousiasme digne de vous par sa pureté, et laissez-moi toucher votre main en signe d’estime et de confiance.


FLORA.

Ma main ?… Mais je ne sais si je dois… (Elle donne sa main et dit à part.) Oh ! il est encore plus galant que le prince !


LE MARQUIS, lui donnant la main.

Oui, vous devez croire en moi, en moi qui n’ai vécu que par vous, hier, pendant trois heures. N’est-ce rien que de faire vivre l’âme et la pensée, et ne vous dois-je pas pour cela une reconnaissance ardente ?…