Page:Sand - Theatre complet 1.djvu/7

Cette page n’a pas encore été corrigée


maine, peut cependant entraîner la société au plus dur scepticisme, de même qu’elle peut l’élever aux plus nobles aspirations. Tout dépend de la nature des fictions qui servent d’aliment à cet éternel et invincible besoin. Pour l’artiste sérieux, auteur ou acteur, qui consacre sa vie à la production de ces fictions, il y a donc bien loin d’un succès de mode et d’argent à un succès de raison et de sentiment. Pour lui, le succès n’existe pas s’il n’a produit que l’étonnement, et s’il n’a rien fait pénétrer dans ces hautes régions de l’âme. Si Molière ne provoquait que le rire, il y a longtemps qu’il serait oublié, et il faudrait, aujourd’hui déjà, l’exhumer comme une curiosité littéraire passée de mode. Molière peint les caractères bien plus que les ridicules, et enseigne plus encore qu’il ne divertit. C’est pourquoi, après avoir lutté avec grand effort et souvent à ses dépens contre les bouffons italiens, il les a fait oublier, pour s’emparer d’un immortel triomphe.

Les bouffons italiens, de leur côté, avaient eu leur gloire et leur raison d’être préférés à la mauvaise comédie de mœurs. Ils avaient tenu le sceptre du rire dans le monde entier, parce qu’ils avaient été, eux aussi, un progrès et un enseignement. Leurs masques exprimaient des types psychologiques. Pantalon n’était pas seulement un disgracieux cacochyme, c’était surtout un avare et un vaniteux. Tartaglia n’eût pas amusé une heure, s’il n’eût été que bègue et myope. C’était un sot et un méchant sot. Le public des atellanes lui-même, bien plus sérieux qu’on ne pense, voulait deviner l’homme moral à travers l’homme physique. Le difforme était déjà pour lui l’expression du vicieux on du malin. Silène le ventru obscène, ou Ésope le sage bossu.

Ce qui était vrai à l’enfance de l’art, l’est encore aujourd’hui. Les fictions scéniques n’existent qu’à la condition d’enseigner. La très-sage maxime :

Tous les genres sont bons hors le genre ennuyeux, confirme cette assertion. Ce qui n’enseigne rien lasse vite et