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Page:Sand - Theatre complet 1.djvu/437

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Molière ; mais le plus pressé est de courir le défendre, et je vais au Louvre.

Il sort, Brécourt l’accompagne.




Scène V


DUPARC, MADELEINE.




MADELEINE.

Oh ! non. Le roi connaît Molière, il ne le croira pas capable d’un crime.


DUPARC.

Mais le public le croira.


MADELEINE.

C’est impossible ! S’il ne s’agissait que de moi, on écrase volontiers les faibles ; mais lui ! Ah ! qu’il ne le sache point, Duparc ; le bruit que nous ferions le lui apprendrait, et le silence du mépris est, d’ailleurs, la plus forte réplique aux clameurs qui sont méprisables.


DUPARC.

Moi, je vous dis qu’il faut faire du bruit, morbleu ! et percer la casaque à ce sieur Montfleury. C’est la coutume de Molière de dédaigner la calomnie. Il n’est point assez vindicatif, il encourage ainsi l’insolence des lâches. Si cette affaire-ci n’est point démentie hautement, beaucoup de gens y croiront ; de charitables écrivains qui guettent la mort de Molière, pour se venger de n’avoir osé l’attaquer de son vivant, raconteront la chose sans se prononcer ; d’autres, qui font semblant de l’aimer, mais qui sont jaloux de lui, garderont un silence prudent, votre M. Despréaux tout le premier !… Et, en somme, le public, qui est ingrat comme un chat, répétera sottement la chose sans se soucier qu’elle soit fausse ou vraie C’est ainsi que la calomnie boiteuse, mais tenace, s’attache aux grands hommes et les poursuit encore durant des siècles, après leur mort.