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Page:Sand - Theatre complet 1.djvu/404

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deviez mépriser tant sa caducité ! Vous avez bien au moins la trentaine, ma mie, et ce n’est plus l’âge de faire l’éventée !


MADELEINE, à Armande.

N’écoutez pas ce bourru, qui vous aime au fond, et ne songez qu’à Molière. Il est bien malade et bien malheureux, croyez-moi !


ARMANDE.

Je m’en afflige profondément. Mais pourquoi veut-on que je m’en accuse ? Quoi ! ce n’est point assez de cette amertume, sans y ajouter une honte que je ne mérite point ?


MADELEINE.

Eh ! qui vous parle de honte, ma chère Armande ? Je sais bien, moi, que votre conduite fut toujours pure, et que vous vivez dans le monde, sans vous laisser entraîner à ses égarements. Mais ce n’est point dans le monde, c’est dans le sein de votre famille, c’est auprès de votre enfant, c’est au chevet de Molière, malade et accablé, que votre vertu devrait chercher son éclat véritable. Vous menez un train de dissipation qui n’est point coupable par lui-même, mais qui le devient dès qu’il coûte le repos, le bonheur et la vie à un époux.


ARMANDE.

Mais pourquoi s’alarme-t-il à ce point ?


BRÉCOURT.

Ah ! ma pauvre Armande ! c’est que vous ne répondez point à la passion qu’il a pour vous !


ARMANDE.

Vous voulez que je sois passionnée pour lui, quand je ne l’ai encore été pour personne ! Si telle était mon humeur, eussé-je épousé Molière ? Ne se peut-il contenter d’une amitié tranquille, la seule que je puisse avoir pour mon mari… (elle regarde Baron, qui se détourne avec dépit) et pour un homme quel qu’il soit ?


MADELEINE.

Oh ! mon Dieu ! vous ne pouvez pas aimer Molière ! un