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Page:Sand - Theatre complet 1.djvu/387

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MOLIÈRE, répétant, sans chanter, les deux vers.

Le plus grand malheur, c’est de naître.
Le seul bonheur, c’est de mourir.

Je croyais rêver, d’ouïr de telles paroles sur un air à boire ! Voilà une étrange façon de se divertir. (Voyant Baron.) Ah ! tu es là, mon enfant ?


BARON.

Comment ! vous n’êtes point couché, mon ami ? Je venais voir si vous dormiez !


MOLIÈRE.

Et le moyen de dormir, avec ces fous dont les rires, les querelles et les chansons me viennent disputer, jusque dans ma retraite d’Auteuil, les heures de mon repos ? De ma chambre, je les entendais trop. Je suis venu me réfugier ici, où je les entends encore.


BARON, après avoir été refermer la porte.

Mais vous êtes mal sur ce canapé ! Vous seriez mieux dans votre lit !


MOLIÈRE.

Les lits sont faits pour les gens bien portants ; ils sont le tombeau des malades. Le mien m’étouffe, et je ne me couche presque plus. Mais, dis-moi, Baron, quelle antienne burlesque chantaient-ils donc là, tout à l’heure ?


BARON.

C’est un impromptu de M. Chapelle, à qui le vin donne des idées noires.


MOLIÈRE.

C’est donc la première fois ?


BARON.

Cette mélancolie a commencé par M. Boileau, qui, sur cette sentence de je ne sais quel ancien, que le premier bonheur est de ne point naître, et le second, de promptement mourir, a discouru de fort grande éloquence. M. Nantouillet a dit comme lui ; M Chapelle les a d’abord combattus, et puis il s’est rangé à leur avis. Il a composé des vers fort lugubres,