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MOLIÈRE.

Et, grâce au roi, elle l’est pour toujours, mes amis. Le roi est jeune, le roi est beau, le roi s’amuse, il court la bague et danse le ballet ; et, pendant ce temps-là, le roi, qui, au fond, est grave, mûr, attentif et froid, gouverne et suit sa politique.


DUPARC.

On ne s’en douterait point ici ! Au milieu des carrousels, des festins, des pétards et des lampions, le roi me fait la mine de courtiser grandement et chèrement ses courtisanes.


MOLIÈRE.

Le roi, en ayant l’air de se ruiner, ruine la noblesse, qu’il attire à ses fêtes. Il l’enivre de ses séductions, il l’écrase de sa magnificence, il abaisse l’orgueil des châteaux et fait ramper à ses pieds, en costume de baladins, ces hors seigneurs qui se croyaient ses pairs dans leurs provinces et qui s’habituent désormais à s’effacer comme de petites étincelles dans les rayons du soleil de Versailles.


BRÉCOURT.

Tu vois juste, Molière. La splendeur du roi efface celle des grands et prépare peut-être celle des petits. La jeune noblesse rit à ses fêtes, parce que la jeunesse s’amuse même de ce qui la tue ; mais les vieux frondeurs ne s’y méprennent point et mordent leur moustache grise en accusant tout bas le roi de ne protéger que les vilains.


DUPARC.

Je vous accorde ceci, car la chose est assez visible ; mais prenez garde que le roi n’ait pas aussi bon marché des bigots que des ambitieux. Les courtisans drapés dans le Misanthrope ont été forcés d’avaler la pilule ; mais trop de gens se reconnaîtront dans le Tartufe, et ceux-ci perdront Molière dans l’esprit du roi, en attendant qu’ils perdent le roi dans l’esprit du peuple.


BRÉCOURT.

Tu vois toujours les choses en noir !


DUPARC.

Je les vois comme elles sont.