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que tu voudras et va au diable ! (Approchant et s’essuyant le front.) Me voilà aussi fatigué que ma monture, et, si je m’en croyais, je me laisserais tomber. Mais il faut que le vouloir serve à l’homme, surtout dans les grands périls… Ah ! ce lieu-ci me semble occupé… Gare à nous !… (Il examine le chariot et lit cette inscription sur un coffre.) Troupe du sieur Molière. Molière ! qu’est-ce que c’est que ça ? (Il avance la tête dans le chariot, et en retire à demi quelques accessoires de théâtre.) Casques, rapières, pertuisanes en bois doré ! Ce ne sont point là gens de guerre, mais comédiens de campagne. J’en aurai bon marché. Il faut qu’ils me cèdent un de leurs chevaux. Où sont-ils donc ? (Voyant Pierrette.) Hé ! petite ! (Il la secoue.) Sus ! sus ! répondez !


PIERRETTE.

Oh ! qu’est-ce qu’il va ? Êtes-vous de ces gens-là qui vont déjeuner ici ?


LE CAVALIER.

Déjeuner ? Pardieu ! oui, j’en suis ! Où déjeune-t-on ?


PIERRETTE.

Voilà le panier aux vivres. Il n’y manque que le pain qu’ils ont été quérir,


LE CAVALIER.

Le pain ? Oh ! bagatelle ! Il s’assied à cheval sur le panier et lève le couvercle.


PIERRETTE.

Vous allez comme ça manger sans attendre vos camarades ? Ça n’est pas bien honnête !


LE CAVALIER.

Vous trouvez ?


PIERRETTE, à part.

Oh ! les méchants yeux qu’il a ! c’est peut-être un voleur ! Je m’en vas avertir les autres, moi !

Elle se sauve.