Ouvrir le menu principal

Page:Sand - Theatre complet 1.djvu/324

Cette page n’a pas encore été corrigée


fends Molière ; je n’avais pas besoin de défendre son génie, je ne l’ai pas tenté. Mais vous voyez bien que sa vie privée pouvait être défendue, puisqu’elle était attaquée, et qu’en y regardant bien, on peut la trouver pure, douloureuse, grave et surtout, ce qui me tenait au cœur, exempte de ridicule.

Quant à Madeleine Béjart, il est hors de doute qu’elle fut l’amie fidèle et dévouée de Molière. Vous voulez qu’elle ait été sa maîtresse. Pourquoi le voulez-vous ? qu’en savez-vous ? Nous n’en avons aucune preuve ; on l’a dit, voilà tout ; mais n’a-t-on pas dit, n’a-t-on pas écrit qu’elle a été sa belle-mère ? Et vous avez maintenant des actes qui établissent également qu’elle était la sœur d’Armande. N’a-t-on pas raconté minutieusement le mariage secret de Molière avec Armande, par crainte de cette mère jalouse qui se serait brouillée avec Molière, et qui certes aurait dû se brouiller d’une manière irrévocable ! Ne sait-on pas aujourd’hui que le mariage de Molière ne fut pas secret, que sa femme porta son nom aussitôt qu’elle en eut le droit, que la fille de Molière porta le doux nom de Madeleine, et que Madeleine Béjart ne cessa pas de faire partie de la troupe de Molière, après le mariage, deux faits qui n’indiquent pas une rupture éclatante, irrévocable, mais, au contraire, des relations de famille très-douces et très-pures.

Je ne défends plus ici Molière contre ses ennemis, puisqu’il est vrai, hélas ! qu’après deux cents ans, le père de la comédie, le plus grand homme avec Corneille de notre littérature classique, Molière a encore des ennemis acharnés. Mais vous qui aimez Molière, critiquez, censurez ma pièce, la forme, le style, la conduite, blâmez tout, excepté le sentiment qui m’a fait vous montrer un grand homme victime de sa sensibilité, de sa confiance, de sa bonté, de sa franchise, de toutes les causes secrètes de sa grandeur et de son génie.

Les causes secrètes, intimes, elles sont du domaine du roman et du théâtre tout comme les effets éclatants. J’eusse pu, je le sais, interpréter autrement et faire une pièce plus gaie ou plus dramatique ; j’eusse pu aussi rester dans la donnée