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denis.

Dame ! dame ! Pauvre Claudie ! C’est ta faute aussi, tu aurais dû écrire plus souvent, venir me trouver.


claudie.

Moi ?


denis.

Ou tout au moins, différemment, m’envoyer ton père.


claudie, avec fierté.

Mon père ! Un homme comme lui ? un ancien soldat ? un homme de quatre-vingt-deux ans, qui est fier, qui n’a jamais tendu la main, et qui piochera la terre jusqu’à ce qu’il tombe dessus ! Vous auriez souhaité le voir mendier le pain de sa fille à vous, Denis, à vous qui l’avez séduite à l’âge de quinze ans, et qui ne l’avez détournée de son devoir qu’en lui faisant toutes les promesses, toutes les prières, toutes les menaces d’un homme qui veut se périr par grande amour et par grande tristesse ? Si j’avais voulu de vous une promesse de mariage, ne me l’auriez-vous point signée ? Est-ce que vous ne me l’avez pas offert ? Est-ce que je ne l’ai point refusée ? Ah ! je n’étais qu’une enfant, bien simple et bien sotte, et cependant j’avais déjà plus de cœur que vous n’en avez jamais eu, car j’aurais cru vous faire injure en doutant de votre parole ! Et mon père, qui savait tout ça aurait été vous prier de vous en souvenir ! Mon, non, le pauvre vieux, s’il en avait eu la force, il n’aurait été vers vous que pour vous tuer… et sans moi, qui l’ai retenu, qui sait s’il n’aurait point fait un malheur !


denis.

Diable ! diable ! et différemment, est-ce qu’il est ici, ton père ?


claudie.

Oh ! n’ayez crainte ; le voilà trop vieux pour se venger, mon pauvre père ! Il travaille encore. (pleurant) Mais il s’en va, et bientôt je pourrai m’en aller aussi, car j’aurai tout perdu, et personne n’aura plus besoin de moi.