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denis.

Après cinq ans… de… comment dites-vous ?


claudie.

Cinq ans d’oubliance.


denis.

D’oubliance de ma part que vous voulez dire ?


claudie.

Autant de ma part que de la votre !


denis.

avec joie. Vrai ? oh ! bien ! Si c’est réciproque, nous pouvons bien nous entendre et faire la paix à cette heure. Voyons, Claudie, parlons bien ; différemment, combien veux-tu en dédommagement pour…


claudie.

le fixant. Pour ?


denis, hésitant.

Pour…


claudie., avec force et douleur.

Pour qui ? Puisqu’il est mort !


denis, se découvrant.

Il est mort ? (À part, et mettant la main sur sa poitrine.) Tout de même, ça me fait quelque chose ! Ça me donne un coup dans l’estomac !


claudie.

Il est mort l’an dernier ! Et vous ne l’avez seulement pas su ! Vous ne l’avez assisté ni quand il est venu au monde, ni quand il en est sorti. Il a vécu de misère avec moi, il est mort de misère malgré moi, et c’est malgré moi aussi que je ne suis point morte avec lui ! Vous ne vous en êtes jamais tourmenté ! Tous les ans, pendant trois ans qu’il a vécu, je vous ai fait écrire une lettre par le curé de notre paroisse, pour vous réclamer votre promesse ; vous n’avez jamais fait réponse. Depuis une année vous n’avez plus reçu de lettre ; vous auriez dû comprendre que ça signifiait : « Lla pauvre Claudie a perdu sa consolation et son espérance, elle n’a plus besoin de rien ! »