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Page:Sand - Theatre complet 1.djvu/235

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fauveau.

Je te conseille de faire le farouche ! comme si on courait après toi.


sylvain.

Je ne dis point ça, la Rose n’a pas à courir après un homme ; assez courront après elle ; mais je ne me mettrai point sur les rangs, à chacun le sien.


fauveau.

Qu’est-ce que tu as donc à lui reprocher ? D’être un peu coquette ? D’aimer à se faire brave ? À se faire dire des compliments, à danser, à se divertir ? Quel mal y trouves-tu ?


sylvain.

Je n’en trouve point, mais mon goût ne me porterait point pour une femme à qui il faudrait bailler tous ces diversements là.


fauveau.

Oui, tu prétends être jaloux ! Ah ! mon pauvre gars, tu n’auras jamais de bonheur en ménage avec une pareille maladie.


sylvain.

Je prétends être jaloux, vous dites ? Eh bien, pourquoi non, cher père ? Je veux aimer ma femme à ce point-là et je ne saurais être jaloux de madame Rose ; partant je ne saurais l’aimer. Mais nous perdons le temps, là. J’étais venu aussi pour vous dire, mon père, que nous avons là quatre ou cinq moissonneurs de louage qui veulent s’en aller tout de suite, et qu’il faudrait vitement payer. (Allant à gauche.) Je m’en vas chercher l’argent ?


fauveau.

Non, je l’ai sur moi. C’est tous les ans la même chose. Je sais qu’ils n’attendent point et qu’ils viennent vous déranger au milieu de la gerbaude. (Allant s’asseoir à la table.) As-tu mis leur compte en écrit ?


sylvain, se plaçant debout près de la table.

C’est inutile, je l’ai dans la tête. (À son père qui écrit sur une ardoise.) Nous devons quinze journées à cet homme de Boussac,