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Page:Sand - Theatre complet 1.djvu/218

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son ennemie ? (Mariette se jette à ses pieds.) Eh bien, eh bien, ma chérie, pourquoi est-ce que tu pleures ? Embrasse-moi donc !


MARIETTE.

Non, ma sœur, je resterai à vos genoux jusqu’à ce que vous m’ayez accordé deux choses.


MADELEINE.

Dis donc vite, car je suis pressée de te les accorder.


MARIETTE, se levant.

D’abord, il faut que vous me rendiez votre amitié comme je l’avais autrefois.


MADELEINE.

Tu ne l’as jamais perdue ; tu m’as fait de la peine, c’est vrai ; mais il ne dépendait pas de moi de t’aimer moins pour ça.


MARIETTE.

Vous auriez dû me détester et me chasser de chez vous, car j’ai été plus mauvaise que vous ne pensez ; j’ai été ingrate envers vous qui m’avez élevée, choyée, gâtée ; oh ! gâtée, c’est le mot ; et c’est pour ça que j’ai abusé et que je me suis laissée aller à des choses contre vous, dont j’ai tant de honte et de regret à présent, que j’en suis malade !


MADELEINE.

Allons, tu vas te rendre malade, à présent ! il ne me manquerait plus que ce chagrin-là ! Voyons, viens t’asseoir là… tes coudes sur mes genoux, comme quand tu avais douze ans et que je te faisais répéter ton catéchisme. Allons, la seconde chose que tu dois me demander ? Je la sais peut-être.


MARIETTE.

Non, ma sœur, ma petite maman, vous ne la savez point ; vous croyez que j’aime François et que je ne veux plus de Jean Bonnin : eh bien, c’est le contraire ; je ne pense plus à François, depuis que je sais qu’il aime une autre que moi, et cela est cause que j’aime tout à fait Jean Bonnin, qui est un garçon d’esprit sous son air simple, et un honnête homme très-amoureux de moi.