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Page:Sand - Theatre complet 1.djvu/215

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JEAN.

Je vas vous le prouver ; Mariette, ne vous fâchez point : on n’aime pas deux femmes à la fois, et, tant qu’à moi, je pourrais bien passer vingt ans dans la maison d’ici sans songer à votre belle-sœur, puisque c’est vous que j’aime et non point elle.


MARIETTE.

C’est donc vrai, ce que dit là-dessus la Sévère ? elle ne m’a donc point trompée, dans cette chose-là ?


JEAN.

Si fait, elle vous a vilainement et mauvaisement trompée.


MARIETTE.

Allons, est-ce vrai, oui ou non ? car vous dites le pour et le contre, et l’on ne saurait vous comprendre.


JEAN.

Je vas vous dire la franche marguerite. Il est faux, aussi faux qu’un faux louis est un faux louis, que votre belle-sœur se conduise mal et songe au champi ; la pauvre chère femme, elle n’y songe non plus qu’à moi, et elle l’aime comme elle aime Jeannie son garçon ; si elle l’aimait, est-ce qu’elle vous tourmenterait pour l’épouser ?


MARIETTE.

Vous savez donc ça, aussi, vous ? vous savez donc tout ?


JEAN.

Dame, ça m’intéresse un peu, moi, ces affaires-là !


MARIETTE.

Vous croyez donc qu’elle agit de bonne foi ?


JEAN.

Et vous, vous pensez le contraire ?


MARIETTE.

Oh ! je ne sais plus ce que je crois et ce que je ne crois pas ! Votre méchante Sévère m’a rempli la tête de tant de propos et de soupçons, que j’en serais devenue folle.


JEAN.

Écoutez votre raison et votre cœur, demoiselle Mariette : votre belle-sœur est une femme bien honnête et bien raison-